Cette dispute l’avait fait réfléchir. Tout d’abord, c’était la toute première réelle conversation qu’il avait eue avec le jeune homme. Il ne savait rien de lui réellement… Ils s’étaient juste adressés la parole pour se saluer, travaillant en silence.
Et puis… Cette façon de voir la vie, tellement différente ! A vrai dire, c’était un sujet que Théo n’avait jamais prit la peine d’aborder, pour lui, c’était naturel, de n’écouter que ses désirs ! Ne pas se poser des barrières imaginaires, contraignant la vie, au nom de principes imaginaires ! Mais il devait avouer que ce que son compagnon lui a dit, n’était pas dénué de sens… Bordel ! Peut être que ce n’est pas complètement illogique, mais comment fait il ? Je ne pourrai jamais résister moi… Pourtant ça ne veut pas dire que je veux une relation sérieuse avec toutes les personnes que je trouve attirantes ! Rah ! Et comment je fais moi maintenant ? Je vais être frustré à chaque fois que je vais le voir…
Malgré tout, il n’en voulait pas au blond. Pour lui, chacun était libre de son opinion. Seulement, il lui manqua très vite, alors comme si de rien n’était, il retourna le voir, et l’aider, prenant bien garde de ne pas trop le fixer et éviter ce sujet plutôt tendu.
La seule différence étant qu’il voulait en apprendre plus sur lui.
-Depuis le temps que l’on se voit, on ne sait même pas comment l’on se nomme !
-Détrompez vous, moi je le sais.
Le brun fut réellement surpris
-Comment ça tu le sais, je ne te l’ai jamais dit ?!
Son compère souris, malicieux
-Je le savais avant que vous veniez me voir.
Après la surprise, il fut intéressé… Tiens tiens, il le savait déjà…
-Te serais tu renseigné ?
L’autre rit, se moquant de cette prétention
-Pas le moindre du monde. Mais quand on travail ici, on est obligé d’entendre parler de votre groupe, et de ceux le constituant.
-Vraiment ?
-Oui. Vous êtes un peu les stars et calamités du Théâtre.
Il s’offusqua
-Calamités ? J’te permet pas.
-Avouez que vous aimez bien foutre le bordel. Et puis vous avez des mœurs avec vos amis, assez…libérés.
-Comment ça ?
-Eh bien, je sais à peu près tout de vous, ainsi que vos manières de créer des partouzes dès que l’occasion s’en présente, n’importe où, avec n’importe qui. Je sais aussi vos principaux traits de caractères, ainsi que vos réputations. Toi, Théo, tu es le plus joueur du groupe, séducteur de première, tu le sais et en profite sans vergogne.
Le concerné se sentit blessé par cette tirade. Savoir que son ami le considéré uniquement comme un pervers le décevait… Oui, il aimait jouer, certes, il en abusait quelques fois, mais il n’était pas seulement cela… D’une voix douloureuse il répondit
-Tu crois bien ce que tu veux…
A son plus grand étonnement, le visage du blond s’adoucit, et c’est avec une tendre caresse sur sa joue qu’il le rassura
-Ne vous inquiétez pas, je sais que vous n’êtes pas que cet individu…
Cette phrase lui mit du baume au cœur, cependant quelque chose commençait à vraiment le déranger
-Tutoies moi, s’il te plaît…
-Non.
-Pourquoi ?
Son regard était triste et profond, le blond hésita… Il semble si fragile, tout d’un coup… Dois je lui dire la vérité ? Après tout, pourquoi pas…
-Je ne préfère pas… C’est ma manière de garder des distances…
-Des distances ? Avec moi ?
-Je ne peux pas m’attacher. Je ne veux pas.
-T’attacher ? Cela voudrai dire que tu le pourrais ? M’aimer… un peu ?
-Sûrement… Mais c’est impossible, donc je m’en empêche comme je peux.
-Mais…
Théo fut coupé par un doigt sur sa bouche
-Chuuut. Vous ne pouvez rien y faire.
Et le technicien se retourna, prenant la direction de la sortie.
-Hey !
Il s’arrêta
-Je ne sais toujours pas ton prénom…
Il se retourna en souriant
-Il faut le mériter…
Et il disparut pour de bon.
L’est gonflé celui là ! Ca fait plusieurs semaines que je tire des caisses pour lui, et il trouve que je n’ai pas assez mériter de savoir son nom ?! Abusé !
Mais Théo souriait, heureux de cette réponse. Tout n’est peut être pas perdu…
Le soir qui suivit, son blond était encore torse nu. Il dut se faire violence pour ne pas agir de la même manière que la dernière fois, et ranger les caisses convenablement. Hum. Si c’est pour me faire tarter, j’vais éviter. Allez, Théo ! Tu peux le faire ! Détourne les yeux… Allez ! Bouge tes yeux p*tain ! Voilà, bien. Maintenant bouge ton corps tout court. Non ! Pas vers lui ! Tu tends la main…Bien. Tu choppes la poignée, tu tires… Non, ne regarde pas là ! Hum. Bon bah maintenant imagine ta voisine palier en petite tenue, tu sais celle qui ressemble à une morue… Voilà ! C’est bien tu progresses !
Pendant plus d’une heure, il s’est fait un petit monologue lui permettant d’attirer toute son attention et concentration sur autre chose que sur le bel homme à proximité… Dur dur.
Le travail terminé, il s’écroula au sol, en sueur. Eh beh, technicien, ce n’est pas un métier de tout repos non plus… Il jeta un regard furtif à son compagnon, et découvris avec étonnement que celui-ci le fixé avec un sourire en coin. Pourtant, il n’avait rien dit de rôle, enfin pas dans ses souvenirs…
-Gné ?
-Gné ? Si vous pouvez être plus explicite… Je pourrais peut être répondre à votre question !
Théo ri à cette réplique
-Désolé, d’habitude, je n’ai pas besoin de vraiment faire des phrases complètes, mes potes me comprennent tout de suite !
-J’dois pas avoir la même clairvoyance qu’eux alors… Bref. Vous vouliez me demander quoi ?
-Juste pourquoi tu me regardais avec ce petit sourire…
A ces mots, le blond eu un regard amusé, et son demi sourire réapparu
-J’étais en train de sérieusement me poser la question combien de temps vous alliez tenir !
-Gné ?
Ironique, il dit
-Cette fois je pense comprendre ! Je fais le décodeur… Combien de temps vous alliez tenir sans faire un pas de travers… Aucun regard, aucune phrase mal placée, en bref, une conduite exemplaire ! Mais qui ne vous ressemble tellement pas… Que s’est il passé depuis hier et notre… hum… Polémique sur les relations sexuelles ? Ou sinon… Depuis votre approche plutôt sensuelle ? Où est passé le véritable Théo ?
Le concerné ne savait plus trop sur quel pied danser, ne s’attendant pas du tout à ce genre de discours.
-Euh…
-Seriez vous gêné ?
-Pas du tout ! C’est toi qui es incompréhensible ! Tu me fais de beau monologue sur l’amour et sa pureté, me rejette, et après me cherche ! Faut savoir ce que tu veux !
-Mais je sais ce que je veux… Et je sais ce que je ne peux pas. Viens…
Il lui prit la main, et le tira hors de dessous la scène.
Ils montèrent quelques escaliers, puis des échelles pour finir au niveau des cintres. Ils marchèrent prudemment sur les passerelles, puis finir dans une petite salle.
Théo le regardait sans comprendre.
Son guide se issa sur la pointe des pieds et ouvrit le velux. A l’aide de la force de ses bras, en une traction, il s’extirpa et fut à l’extérieur. Notre éternel séducteur n’avait pas pu s’empêcher de laisser ses yeux parcourir cette musculature parfaite, avec de jolis abdos si bien dessinés. Après avoir bavé discrètement, il prit le même chemin. Et il atterrit… Dans un des plus beau lieu qu’il n’avait jamais vu. Sur le toit du Théâtre. La ville s’étalait à ses pieds, brillant de ses milles et unes lumières. C’était un incroyable panorama. Il sursauta légèrement quand son ami prit la parole, tout en s’allongeant sur les tuiles.
-Je viens souvent ici… C’est un peu mon lieu de prédilection. Personne n’est jamais venu à part vous, maintenant. Je trouve cet endroit si… apaisant.
Il s’étendit à ses côtés, en l’écoutant.
-Apaisant, et si magique. Il suffit de regarder le ciel pour se sentir transporter… Vous allez rire, mais en fait, je suis un grand rêveur. J’aime m’évader, et le fais à la première occasion…
Théo plongea à son tour son regard dans la voie lactée, s’émerveillant de tant de splendeur. La lune en croissant rajoutait de la poésie à ce moment qui frôlait le romantisme… Enfin, c’est ce qu’il aurait pensé, si le blond n’avait pas déjà repoussé ses avances…
-Je ne vois pas pourquoi je rirai. Tu oublies à qui tu parles… Théo, ou un artiste passionné… Je peux te dire, que les rêves ça me connaît !
-C’est vrai… Vous ressentez, alors ce que je ressens, là, tout de suite ? Ce bien être, cette plénitude ? Le fait que plus rien n’a d’importance, aucun stress, aucune question ? Vous en avez conscience ?
-Oui… Mais quelque chose me gêne encore un peu…
Théo s’appuya sur son coude afin de rapprocher son visage de celui de son compagnon, tout en le dominant. De cette façon, il lui cacha la vue, l’obligeant à le fixer. Au regard interrogateur que lui lançait son blond, il rapprocha ses lèvres de son cou, se délectant de cette proximité. Leurs corps étaient si proches… Les quelques malheureux centimètres qui les séparaient, ne faisaient que renforcer une certaine tension, un désir sans nom… Il resta un moment sans parler, s’imprégnant de ces sensations qui suffisaient à le faire frissonner, puis dans un souffle courant contre sa peau, il murmura
-Tutoies-moi…
Pas de réponse. Pas un mouvement. Seule une respiration régulière prouvait qu’il n’était pas mort. Frustré par ce manque de réaction, Théo céda et posa délicatement ses lèvres tout contre son cou. Il entama de petits va et viens sur ce bout de peau, avant de sortir une langue taquine, qui vient immédiatement tirer un gémissement rauque du torturé… Fier de cet exploit, le brun s’attela à entendre d’autre. Pour cela il s’attaqua au creux du cou, puis à la clavicule, l’enserrant d’un bras pour le maintenir contre lui. D’autres gémissements tous plus existants les uns que les autres vinrent rejoindre le premier. N’y tenant plus, sa bouche désireuse et non rassasiée remonta vers la mâchoire, puis ces lèvres entrouvertes si exquises. Il fondit dessus avec douceur, savourant pour la première fois ce goût particulier et unique. Du baiser timide s’en suivit d’autre, moins coincés, plus osés, avec des langues joueuses et sensuelles, qui se rencontraient, se dérobaient… Théo finit par s’allonger sur sa proie, approfondissant leurs échanges, tout en mettant en activité ses mains. Celles-ci se faufilèrent sur le torse du beau blond, dans son jean, caressant avec avidité ce corps offert. Ils s’embrassaient maintenant à pleine bouche, et leur excitation était palpable.
Mais le technicien mit fin à ce moment qui devenait de plus en plus torride. Il s’éloigna de Théo, et se releva. Avant de partir, il sourit et dit
-T’as gagné cette fois-ci…
Théo resta perplexe et carrément frustré, déboussolé.
Gagné ? Qu’est ce qu’il me raconte encore… ? Il soupira de mécontentement et remit à observer le ciel, en faisant tourner en boucle le moment qui venait de se passer.
Puis il comprit…
Tu m’as dit « tu »…
Shaly
sam 15 nov 2008 12:48